L’essor de la finance durable a installé chez les épargnants une interrogation persistante : concilier convictions et rendement relève-t-il du compromis, ou de la fausse alternative ? Éléments de réponse, entre cadre réglementaire, réalités de marché et pratique du conseil au sein de Patrimum Groupe.
Un engouement confirmé, des attentes hétérogènes
Selon la dernière enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF), 54 % des Français déclarent désormais tenir compte des enjeux de durabilité dans leurs choix d’épargne. Derrière ce chiffre se dessinent toutefois des profils très contrastés : les investisseurs qui recherchent la performance sans concession, ceux qui acceptent de céder quelques points de rendement au profit d’une allocation plus responsable, et ceux pour qui la durabilité constitue un prérequis non négociable. Le conseiller en gestion de patrimoine doit composer avec chacune de ces sensibilités et lever certains malentendus.
Le plus fréquent d’entre eux tient à la nature même du label ISR (Investissement Socialement Responsable) : celui-ci qualifie un fonds et son processus de gestion, non les titres qui le composent. Un client attentif à l’origine de ses placements peut ainsi s’étonner de trouver, au sein d’un fonds labellisé, des valeurs comme TotalEnergies, conséquence de l’approche dite « best-in-class », qui retient les émetteurs les mieux notés de chaque secteur plutôt que d’exclure des pans entiers de la cote. La réforme du référentiel du label, applicable depuis mars 2024, a précisément resserré cette articulation en excluant les entreprises qui développent de nouveaux projets d’exploration ou d’exploitation d’hydrocarbures, rapprochant le label des attentes réelles des épargnants.
La finance durable : trois logiques, des instruments désormais accessibles
La finance durable recouvre trois approches complémentaires. L’investissement socialement responsable intègre les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) au cœur du processus de sélection des actifs. La finance verte oriente les capitaux vers la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique. La finance solidaire, enfin, finance des projets de cohésion sociale et de lutte contre l’exclusion.
Les instruments correspondants sont aujourd’hui pleinement intégrés à l’offre patrimoniale : obligations vertes (green bonds) finançant des projets environnementaux identifiés, fonds thématiques dédiés à la transition, épargne solidaire de partage. L’assurance-vie en constitue le véhicule privilégié : depuis la loi Pacte, tout contrat multisupport doit référencer au moins une unité de compte labellisée ISR, une unité Greenfin et une unité solidaire, faisant de l’enveloppe préférée des Français la porte d’entrée naturelle vers ces stratégies.
Un cadre réglementaire exigeant, un devoir de conseil renforcé
Depuis 2022, les directives européennes MIF 2 et DDA imposent aux conseillers de recueillir les préférences de durabilité de leurs clients : souhait d’investissements alignés sur la taxonomie européenne, exposition à des produits relevant du règlement SFDR (articles 8 ou 9), prise en compte des principales incidences négatives (PAI). L’exercice, formalisé par questionnaire, est loin d’être trivial : il n’existe pas de correspondance parfaite entre les catégories réglementaires européennes et les labels de place (ISR, Greenfin, Finansol). Selon un sondage conduit en 2023 par la CNCGP, 78 % des conseillers déclarent rencontrer des difficultés à cerner les préférences de durabilité de leurs clients. La pédagogie est donc consubstantielle au conseil : traduire un cadre normatif complexe en choix d’allocation intelligibles.
Patrimum Groupe a fait de cette exigence un axe structurant : notre service juridique et conformité adapte en continu notre dispositif réglementaire, questionnaires, recueil des préférences ESG, traçabilité du conseil, afin que chaque recommandation réponde pleinement à ces obligations, sans jamais sacrifier la lisibilité pour le client.
La performance en question : que disent les données ?
Le cœur du débat demeure la performance. Les travaux académiques convergent pourtant vers un constat nuancé : la méta-analyse conduite par la NYU Stern (2021), portant sur plus d’un millier d’études, conclut à une relation majoritairement neutre ou positive entre intégration ESG et performance financière. Il n’existe pas de pénalité structurelle de la durabilité ; les écarts observés sont essentiellement conjoncturels et sectoriels, la sous-pondération de l’énergie a ainsi pesé sur les fonds ESG en 2022, avant de leur redevenir favorable. À long terme, l’analyse extra-financière opère d’ailleurs comme un filtre de risque à part entière, en intégrant les risques de transition, réglementaires et réputationnels que les approches classiques capturent imparfaitement.
C’est dans cet esprit que Patrimum Groupe conduit sa sélection de fonds : une veille active et permanente, destinée à identifier les gérants qui offrent la meilleure rentabilité rapportée aux enjeux d’investissement responsable.
Une appétence réelle, une intégration progressive
Dans la pratique, l’appétence de nos clients pour ces placements progresse sensiblement, tout en demeurant, à ce stade, un critère d’appoint plus qu’un impératif exclusif : la demande la plus fréquente consiste à intégrer la dimension durable sans rigidifier l’allocation. Cette gradation nous semble saine. Elle permet d’introduire les stratégies responsables là où elles créent de la valeur, diversification, gestion des risques de long terme, sens donné à l’épargne, sans jamais subordonner la construction patrimoniale à un critère unique.
Perspectives : clarifier, accompagner, éclairer
L’enjeu des prochaines années tient en un mot : la lisibilité. La révision en cours du règlement SFDR, la montée en exigence des labels et la standardisation progressive du reporting extra-financier devraient offrir aux épargnants des repères enfin homogènes. D’ici là, le rôle du conseil en gestion de patrimoine est plus décisif que jamais : accompagner, expliquer, éclairer.
Chez Patrimum Groupe, nous sommes convaincus que la question « durable ou performant ? » cédera progressivement la place à la seule qui vaille : comment intégrer intelligemment la durabilité dans une stratégie patrimoniale d’ensemble.